Enclavée, peu profonde et
entourée de pays fortement industrialisés, la Baltique n’est pas un des
meilleurs endroits où aller si l’on veut nager[1] dans
une mer non-polluée.
Depuis longtemps déjà, cette mer
est le lieu d’observation de dégradations de l’environnement très diverses.
Nitrates produits par l’agriculture intensive, effluents industriels (y compris
radioactifs) et même armes de guerre en grande quantité ont rapidement dégradé
l’environnement marin, d’autant que l’évacuation des eaux y est extrêmement
lente en l’absence de courants marins puissants. L’accumulation de particules
toxiques et l’absence d’oxygène (provoquée par la prolifération des algues,
notamment à cause des engrais et détergents) a même formé de vastes zones
mortes sur un tiers de la superficie de la mer.
Des projets d’aménagement ont
été, et sont encore, réalisés sans étude d’impact sur l’environnement. Les
anciens pays de l’Est, grevés par un passé peu soucieux de l’écologie, sont
particulièrement concernés.
Pourtant, la dégradation n’est
pas une fatalité. En novembre 2007, les Etats riverains de la Baltique ont adopté, dans
le cadre de la commission d’Helsinki[2], un
plan d’action visant à améliorer l’état des eaux à l’échéance de 2021.
En 2008, le WWF avait sorti ses
premiers résultats, constatant un retour des poissons et une baisse des
émissions de polluants, à l’aide d’un rapport évaluant les performances
des Etats riverains en fonction des critères suivants : biodiversité,
poissons, substances dangereuses, transport maritime, eutrophisation et
développement d’un système intégré de gestion de la mer. Les « premiers de
la classe » étaient l’Allemagne puis le Danemark (avec un
« score » cependant moyen).
A l’Est aussi, il y avait du
nouveau : le WWF a adressé ses félicitations aux gouvernements letton et
lituanien pour la lutte contre la pêche illégale des morues.
Et cette année aussi, les
résultats sont au rendez-vous : fin août, la commission HELCOM a pu
annoncer une baisse des rejets clandestins d’hydrocarbures en mer, de l’ordre
de 10% en un an, et de 55% en dix ans.
Mieux encore, le Conseil
international pour l’exploration de la mer a annoncé que le stock de morue dans
l’Est de la Baltique
était revenu au niveau que l’Union européenne souhaitait atteindre pour…
2015 !
Une stratégie internationale pour
gérer la mer est par ailleurs dans les cartons de l’UE, et sortirait, si tout
va bien, en octobre prochain.
Il y a 70 ans, c’était de la Baltique, sur le port de
Dantzig, que partit l’étincelle qui embrasa l’Europe entière, pour la plus
horrible guerre de son histoire.
Il y a vingt ans, c’est de ce
même port, désormais appelé Gdansk, que débuta le processus qui entraîna la
chute du Rideau de Fer, et la fin de la séparation qui a mutilé l’Europe
pendant un demi-siècle.
Aujourd’hui, la Baltique est peut-être
une fois de plus sur le point d’enclencher une nouvelle dynamique, une
dynamique de combat pour la protection de l’environnement, à suivre dans les
mers de toute la planète.
Sources :
« L’état de santé de la
Baltique, une des mers les plus polluées du monde, montre des
premiers signes d’amélioration », Olivier Truc, Le Monde, 3 septembre
2009.